4- L’Internet

 

 

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Schéma : l’évolution d Internet en cinq bonds.

1960 : l’informatique. On installe les premiers systèmes dans des salles sécurisées et climatisées, gérées par des spécialistes en sarrau blanc qui manipulent des cartes perforées. Les pionniers sont des mathématiciens et des militaires qui ont besoin d’une énorme capacité de calcul. Les « main frames » sont gigantesques et coûtent plus d’un million $.

1980 : le PC. Le système comprend de milliers de micro-ordinateurs installés individuellement au bureau ou à la maison. Ces producteurs cherchent surtout à augmenter la productivité de leurs applications. Les appareils coûtent quelques milliers de dollars.

1990 : l’Internet. Le système permet à des millions d’internautes d’échanger électroniquement des courriels, puis des contenus Web.

2005 : le Cloud. Le système permet à plus d’un milliard d’utilisateurs de stocker leurs données dans des fermes de serveurs. De nombreux nouveaux utilisateurs apparaissent parce que les claviers disparaissent. Les appareils tiennent dans le creux de leur main et ne coûtent que quelques centaines de dollars.

Tout bascule avec le Nouveau Monde. L’intégration des techniques d’information, des biotechnologies, des nanotechnologies et des technologies cognitives donnera l’impression à la moitié des habitants de la planète (cinq milliards d’internautes dans à peu près huit ans) de vivre DANS l’information, c’est-à-dire différemment d’aujourd’hui, où tout est à l’écran. Tous les appareils seront connectés via l’Internet 3 ; les circuits et les robots, qui seront de plus en plus minuscules, ne coûteront plus que quelques dollars.

1- L’Internet

L’Internet devient l’un des cinq piliers du Nouveau Monde qui émerge parce qu’il devient un important support d’intervention dans le développement de la société postindustrielle.

Entre 1970 et 2010, l’Internet subit une mutation importante :

Internet 1 (l’enfance, surtout à partir de 1970)

C’est l’étape de l’implantation physique du premier réseau de réseaux. Il a tellement multiplié la productivité que son impact fut principalement d’ordre économique. Les principaux personnages de cette génération sont Al Gore et Bill Gates.

Internet 2 (l’adolescence, entre 2000 et 2015)

C’est l’étape en train de se réaliser, celle du mobile et des centaines de milliers d’applications en temps réel. Parce que l’Internet 2 suscite de plus en plus de prises de parole, il aura éventuellement un important impact politique. Les principaux personnages de l’Internet 2 sont Tim Berners-Lee et Steve Jobs.

Internet 3 (la maturité, après 2015 ou 2017) :

Tous les robots, les étiquettes et les circuits intelligents seront connectés créant l’Internet des objets. Celui-ci deviendra probablement un outil sociopolitique et économique majeur parce qu’il permettra la création de consensus capables de développer une société de la connaissance. Actuellement, les principaux personnages qui l’anticipent sont Mark Andreessen, Jeff Besos et Mark Zukerberg.

Nous commençons à deviner les mutations à venir :

Nous commençons à réaliser que l’Internet devient une place publique et qu’il faudra que les citoyens acquièrent une certaine formation (littératie) pour l’utiliser adéquatement.

Nous réalisons que les batailles pour les droits d’auteurs, qui sont l’or noir du XXIe siècle, sont aussi importantes pour les promoteurs que les créateurs.

Nous réalisons que toutes les attaques contre la vie privée qui s’amplifient exigent un nouvel équilibre entre la vie privée et la vie en société.

Nous réalisons qu’Internet 2 remet en cause tous les modèles d’affaires, en particulier celui du coté culturel (iTune et Netflix par exemple).

Nous ignorons cependant complètement certaines mutations :

Nous n’avons pas encore réalisé qu’en devenant une place publique, Internet sera la mire de beaucoup d’institutions politiques qui chercheront à le contrôler.

L’Internet 2 et, surtout, le 3 nous feront vivre dans un monde non seulement tapissé d’écrans, mais aussi de caméras. Comment éviter que ce réseau ne devienne un Big Brother ?

Le Web sémantique n’a pu tenir ses promesses parce trop axé sur le texte. Il faudra le combiner avec le Web schématique pour le rendre assez intuitif pour être utilisé par le grand public.

Les coûts d’implantation des Internet 2 et, particulièrement, 3 sont tels que seuls des « géants de services » pourront investir. Deviendront-ils les prochains « maîtres du monde », remplaçant les grandes banques qui dominent actuellement ?

2- Une place publique

Durant l’ère industrielle, Internet n’était qu’un réseau d’ordinateurs véhiculant quotidiennement des millions de données entre des millions de travailleurs sur leur territoire immédiat. Maintenant, il fait converger des milliards de données entre plus de 2 milliards de citoyens, partout sur la planète. Il permet à de nouveaux espaces de proximité, comme la maison, le bureau et l’automobile, de servir d’interfaces entre le citoyen et l’État, donc d’établir plus facilement des liens entre le local et le mondial et vice versa.

Il devient plus qu’un cyberespace. Dorénavant, c’est une place publique électronique où va se négocier le pouvoir, car il devient beaucoup plus qu’un système d’information : il devient un système d’intervention ; d’où les batailles à venir pour son contrôle. Internet devient donc le champ de bataille de plusieurs luttes :

la bataille politique du pouvoir ;

la bataille commerciale pour la fidélisation des clientèles ;

la bataille économique du libre accès ;

la bataille citoyenne pour le respect de la vie privée.

Ses passages sont nombreux :

 

Internet 1
Internet 2
Système d'informationSystème d'intervention
TechnocentréEthnocentré
BroadcastingNarrowcasting & pointcasting
Mass NetworkMesh Network (wirearchy)

 

Actuellement, il est constitué de plus de 30 000 réseaux, sans aucun centre névralgique. Il donne accès à 200 millions de sites Web publics, privés, commerciaux, gouvernementaux et militaires. Il connecte 1 milliard de téléviseurs, 2 milliards de micro-ordinateurs et 6 milliards d’appareils cellulaires, dont 1 milliard d’appareils qui permettent d’échanger des photos. Il utilise une infrastructure avec fil et sans filgrâce aux telco et câblo, auxquels il faut ajouter les technologies Wi-Fi, GPS, RFID et, maintenant, le Cloud. D’ailleurs, après cet Internet de deuxième génération se profile déjà celui de troisième génération, celui des objets (voir le schéma).

 Il est devenu une place publique où le tiers des 7 milliards d’êtres humains qui peuplent notre planète sont des internautes, la moitié de ceux-ci étant des jeunes âgés de moins de 25 ans. Ses différentes fonctions donnent accès à plus de 5 milliards de contenus, ce qui représente à peine 30 % de ce qui est accessible publiquement. Ces contenus, services et applications sont produits par des producteurs et des agrégateurs de valeur ajoutée et, chose nouvelle, par les utilisateurs eux-mêmes.

3- L’Internet 2

Il ne commence vraiment à exister comme phénomène de masse qu’à partir de l’an 2000. C’est une plateforme numérique de haut débit qui commence à offrir, partout sur la planète, des contenus et des services interactifs sur mesure à des clients répartis dans des niches Il intègre les médias de divertissement comme la télévision, le cinéma, l’imprimé et les jeux aux ordinateurs et aux appareils mobiles, puis aux nouvelles technologies mobiles que sont le Wi-Fi, le GPS et les étiquettes radio (ou RFID), ainsi qu’aux réseaux sociaux. Internet 2 intègre tous ces éléments à cause du tout numérique ; cette intégration se fait à trois niveaux :

1- Celui des réseaux

qui sont désormais forcés de partager toutes les ressources comme les commutateurs, les concentrateurs, les satellites, le câble, etc.

2- Celui des contenus

qu’il force à s’hybrider par mash-up en suscitant de nouvelles écritures médiatiques.

3- Celui des organisations

qu’il oblige à utiliser simultanément les télécommunications, la radiodiffusion, l’informatique, etc.

L’Internet joue le même rôle dans la société que le système nerveux joue dans le corps humain : il permet à l’ensemble de s’adapter aux mutations en cours. Le cerveau, le cœur et le système sanguin du corps humain, de même que la raison, les émotions et les informations dans la société, dépendent de ses influx pour fonctionner.

Internet 2 est à la fois :

• une place publique, c’est-à-dire un espace-temps où se négocie le pouvoir entre les gouvernants et la société civile ;

• une plateforme de spectacle, c’est-à-dire un espace-temps où des promoteurs offrent des rêves à tous les citoyens ;

• un espace économique, c’est-à-dire un espace-temps où le citoyen se procure cette valeur ajoutée qui lui permet d’accéder à une meilleure qualité de vie ;

 • une caisse de résonance donnant la parole à des millions de citoyens qui expriment en ce moment des opinions souvent contradictoires ;

• un haut-parleur décrivant en temps réel des événements disparates qui se déroulent simultanément un peu partout à travers la planète.

  »L’Internet est le septième continent », Jacques Attali

4- L’après-Cloud

Nous ne sommes pas encore prêts pour la révolution qui se prépare. Pour trop de gens, Internet relève encore de la pensée magique ; par exemple, pour beaucoup d’administrateurs, c’est une technomagie qui pourrait régler beaucoup de problèmes économiques ou administratifs à venir.

Si l’Internet 1 a progressé selon la loi de Moore, c’est-à-dire en doublant ses flux d’informations à près à tous les deux ans, l’Internet 2 va épouser la loi de Metcalfe, c’est-à-dire que sa progression sera liée non plus au développement technologique, mais plutôt aux usages qu’en feront les internautes grâce à son mode IP accessible partout (Always connected) ; ce qui représente une progression exponentielle (voir le schéma citoyen).

Il vient un moment où les chiffres comme 100 milliards de clics et 55 trillions de connexions par jours ne veulent plus rien dire parce que ces statistiques n’ont plus de rapport avec des situations connues.En prenant du recul, on peut cependant constater que ce qu’on appelle Internet devient, de plus en plus, UN système global où tout est connecté : ordinateurs, microphones, caméras, senseurs, smart phones et tablettes, automobiles et objets intelligents (schéma Internet). Il deviendra plus tard l’Internet 3 : un réseau qui devrait se surveiller lui-même et se réparer tout seul (à ce qu’il paraît).

• Si la première génération Internet a connecté ensemble des ordinateurs ;

• et la deuxième génération, des pages Web ;

• le rôle de la troisième génération à venir sera de connecter, pour nous, les informations entre elles.

Avec l’arrivée des téléphones et des tablettes intelligents, beaucoup d’inventeurs préparent déjà un monde encore plus smart dédié notamment à l’utilisation d’applications automatisées. On commence à combiner de très petits objets, comme un senseur, une caméra miniature, un œil électronique ou un circuit radio avec la technologie de géolocalisation, pour créer des nouveaux « objets » informatifs. Ainsi, on peut prévoir une banalisation de cet Internet 3 dans nos environnements quotidiens, comme le fut l’arrivée de l’électricité au début du siècle.

5- Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux existent depuis plus de mille ans. Déjà, à la fin du Moyen Âge, des moines itinérants allaient d’une abbaye à une autre pour échanger leurs livres manuscrits. Lors de la Renaissance, de nombreux réseaux scientifiques s’organisèrent à travers l’Europe par courrier. Les premières universités se sont développées à partir de ces réseaux d’hommes de sciences.

Plus proche de nous, la première vague de réseaux sociaux était orientée vers l’idée de partage. Elle a donné naissance à des espaces plus intimes, plus libres et plus communautaires qu’auparavant. La deuxième vague, qui a commencé il y a cinq ans, est plutôt orientée vers l’interaction. En encadrant l’irruption des débats publics, cette deuxième vague va susciter différentes formes de socialisation et, espérons-le, surtout susciter la création de réseaux sociaux plus collectifs qu’individuels.

Ses quatre logiques 

• Renforcer les liens d’amitié préétablis entre les amis, c’est-à-dire passer du temps avec eux (cette logique inclut les liens parents-enfants et les activités des groupes informels).

• Supporter ses centres d’intérêt par une pratique d’automédiatisation, c’est-à-dire encourager l’autoproduction de contenus.

• Une approche plus sociopolitique qui adopte, en ce moment, une certaine culture de la contestation.

• Une approche professionnelle dédiée à son milieu de travail ou à la pratique de son métier.

Ses problèmes

• Ils sont principalement utilisés par les 18-35 ans à cause de l’hyper individualisme offert par un modèle économique néolibéral qui ne cherche qu’à maximiser les intérêts individuels pour conserver ses clientèles.

• Les logiques de communication à distance et de l’anonymat font émerger une tendance lourde : une incivilité et même une grossièreté qui se manifestent dans la polarisation de certains débats et qui minent maintenant le terrain des idées.

• Parce que les amis du réseau sont choisis, l’effervescence des échanges qui semblent consensuels fait oublier que de nombreuses personnes ne participent pas à ces échanges. D’où l’illusion que tout le monde est d’accord, quand c’est plutôt une petite minorité. En fait, ce sont des tribunes très limitées.

À plus long terme

Il est trop tôt pour juger d’un mouvement qui vient tout juste d’apparaître. Plusieurs pionniers qui l’utilisent fréquemment pensent qu’ils apportent un petit quelque chose dans cet espace de débat social : une certaine profondeur dans les échanges. Quant aux lecteurs, ils les fréquentent surtout pour savoir de quoi on parle en ce moment.

• Les réseaux sociaux ne sont pas des réseaux d’information, mais deviennent des réseaux d’opinion, ce qui les rend très émotifs, d’où leur problème de crédibilité.

• Ils sont un outil utile qui révèle l’opinion d’une tranche de la population ou ce qui se passe dans un milieu et à un moment donné.

• Cet outil permet au citoyen de promouvoir son opinion, c’est-à-dire de s’inclure dans le débat public, sans passer par des réseaux gouvernementaux ou commerciaux.

• C’est cependant en développant une participation collective que les réseaux sociaux vont vraiment jouer un rôle important dans le futur.

 

 

Pour plus d’informations, voir   21siecle.com

 

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